Chers sœurs et frères en
Christ,
Nous vous écrivons cette
lettre au cours de la Consultation œcuménique sur le thème de « L’Economie
au Service de la Vie », qui a eu lieu du 15 au 19 juin 2002, à
Soesterberg, grâce à l’accueil généreux du Conseil hollandais des Eglises. Plus
de 80 délégués des Eglises d’Europe occidentale, ainsi que des invités des
Eglises d’Europe centrale et orientale, d’Amérique du Nord, d’Afrique et
d’Asie, du Vatican et d’organisations œcuméniques se sont réunis à l’invitation
du Conseil œcuménique des Eglises (COE), de l’Alliance mondiale des Eglises
réformées (AMER), de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), de la Conférence
des Eglises européennes (CEE) et du Comité pour la région Europe de l’AMER.
La Consultation de
Soesterberg faisait partie d’un processus permanent des Eglises, qui consiste à
évaluer et à réagir face aux défis urgents lancés par la mondialisation
économique, dans la mesure où celle-ci affecte la vie des gens ainsi que
l’ensemble de la création de par le monde.
Le Conseil général de
l’AMER, tenu à Debrecen en 1997, a appelé les Eglises à s'engager résolument
dans " un programme de prise de conscience progressive, de formation et de
profession de foi (processus confessionis) face à l’injustice économique et à
la destruction écologique ». Quelques mois plus tard, l’Assemblée du COE,
à Harare, a clairement souscrit à cette position, déclarant « que toutes
les Eglises de par le monde doivent se mettre à réfléchir à ce que signifie la
profession de foi chrétienne en cette période d’injustice croissante et de
destruction ininterrompue de l’environnement ». La FLM s’est lancée dans
une initiative semblable par une publication « Engaging Economic
Globalisation as a Communion » (Faire de la mondialisation économique une
communion).
Trois consultations
co-organisées ont eu lieu à Bangkok en 1999, à Budapest et à Fidji en 2001.
Dans la ligne de ce
processus permanent, nous nous sommes retrouvés à Soesterberg, afin d’analyser
comment la mondialisation économique et le rôle de l’argent affectent les
sociétés d’Europe occidentale, et d’élaborer la réponse des Eglises d’Europe
occidentale aux questions soulevées auparavant par les Eglises d’Europe
centrale et orientale ou par le Sud de la planète.
Vous trouverez ci-joint
un rapport sur notre Consultation, qui vous donne davantage d’informations sur
nos discussions à propos du système financier mondial, ainsi que copies de nos
lettres adressées aux Eglises du Sud ou d’Europe centrale et orientale ;
les trois lettres ne faisant qu’un tout.
La Consultation a été
l’occasion d’analyser le système financier mondial ainsi que l’impact, sur des
économies nationales, de la circulation non régulée d’énormes montants de
capitaux. Les transactions financières internationales ont connu une hausse
vertigineuse, à tel point que, aujourd’hui, seul quelque 1% des mouvements
monétaires relèvent d’activités commerciales. Les crises financières en Asie,
en Russie, et plus récemment en Argentine ont eu et continuent d’avoir des
effets dévastateurs pour les gens et leur niveau de vie, s’ajoutant encore,
dans de nombreux pays, au fardeau insupportable de la dette. D’autres aspects
du processus accéléré de la mondialisation économique ainsi que l’évolution du
contexte général ont également fait l’objet de nos discussions. Alors que les
marchés financiers et le commerce des biens et services sont de plus en plus
intégrés, la libre circulation des personnes est toujours plus restreinte.
Entre temps, les inégalités croissantes se traduisent par un nombre croissant
d’immigrés, qui ne jouissent pas des mêmes droits que les autres citoyens, et
se trouvent confrontés, eux et leur famille, à des situations très difficiles
ainsi qu’à de nouvelles formes de racisme.
Par ailleurs, il nous a
été rappelé que les guerres de l’ex-Yougoslavie et surtout le bombardement par
l’OTAN durant la guerre du Kosovo ont eu un impact néfaste sur les relations
entre les Eglises d’Europe occidentale et celles d’Europe centrale ou
orientale. Nous nous sommes beaucoup préoccupés de la militarisation de la
politique planétaire, de la croissance des dépenses militaires et de
l’« unilatéralisme » renforcé du gouvernement américain, aux dépens
du système multilatéral de l’ONU. Le nouvel objectif sécuritaire est en train
de miner le sens de la vulnérabilité commune des communautés humaines et de la
solidarité avec ceux qui sont perdants dans le processus de la mondialisation.
La vie en abondance pour tout le monde et pour l’ensemble de la création – Surmonter la mondialisation néo-libérale
Nous nous sommes
demandé, comment la promesse de l’Evangile peut nous aider à discerner
éthiquement le contexte actuel :
·
L’Evangile promet la vie en abondance pour tout le
monde et pour l’ensemble de la création (Jn 10,10). Cette promesse s’est
incarnée en Jésus-Christ. Personne n’est exclu de la maison de Dieu, pleine de
vie. La communauté chrétienne est le reflet de cette conception des choses, et
ce pour le bénéfice de l’ensemble de l’humanité. Guidés par cette perspective,
nous aspirons à une économie qui soit au service de la vie. Les marchés et
l’argent devraient faciliter l’échange des biens, en vue de satisfaire les
besoins de la planète et de contribuer à l’édification de la communauté
humaine.
·
Aujourd’hui, nous constatons par contre que
l’intérêt financier de certains secteurs et de quelques privés l’emportent de
plus en plus sur la vie des gens. La mondialisation est gouvernée par une
logique qui donne priorité à l’accumulation de capitaux, à une compétition
débridée et à garantir du profit sur des marchés qui se rétrécissent. Les
pouvoirs politique et militaire servent à assurer un accès sûr aux ressources
et à protéger les investissements ainsi que le commerce. Souvent cette logique
qui guide le monde est qualifiée de néolibéralisme. La doctrine économique
néo-libérale largue les forces de la mondialisation sans leur imposer la
moindre limite. Ce type de libéralisation a très vite eu de profondes
répercussions politiques, sociales, culturelles et même religieuses, qui
affectent la vie des gens partout dans le monde, en augmentant encore les
inégalités, l’appauvrissement, les injustices ainsi que la destruction de
l’environnement.
·
Des Eglises qui prennent part au processus
œcuménique (p.ex. lors de l’Assemblée du COE à Harare) ont affirmé que
l’idéologie du néolibéralisme est incompatible avec notre conception de l’oikumene, de l’unité de l’Eglise et de
l’ensemble de la terre habitée. Les injustices de plus en plus nombreuses et
croissantes, l’exclusion et la destruction sont contraires au partage et à la
solidarité, lesquels sont caractéristiques du Corps du Christ. Ce qui est en
jeu c’est la qualité de la communion, l’avenir du bien commun de l’humanité et
la crédibilité des Eglises, qui confessent un Dieu et lui rendent témoignage,
un Dieu qui est du côté des pauvres et prend parti pour eux.
·
Par amour pour l’intégrité de leur communion et de
leur témoignage, les Eglise sont appelées à affronter la doctrine et la
pratique néo-libérale, et à suivre Dieu. Les consultations qui ont déjà eu lieu
ont suscité entre nous la conviction croissante comme quoi le fait de laisser
le marché mondial se développer conformément à une doctrine libérale
incontestée est une attitude idolâtre, source d’exclusions, de violence et de
morts. Cette réalité, mais aussi la possibilité de la transformer et de
susciter des alternatives, s’est dévoilée sous nos yeux, lorsque nous avons
entendu et analysé le vécu de ceux qui souffrent des conséquences de la mise en
place du néolibéralisme, et que nous avons lu les lettres et écouté les
messages de nos sœurs et frères du Sud ou d’Europe centrale et orientale.
Au cours de notre initiative, nous avons demandé aux communautés chrétiennes et aux synodes de nos Eglises de réfléchir aux questions suivantes qui traitent de la position et des pratiques des Eglises elles-mêmes :
·
Quel sens prend l’unité des Eglises comme l’unique
Corps de Christ; du baptême, de
l’eucharistie et du ministère, dans le contexte de la mondialisation ? Que
nous disent les partages bibliques et les célébrations de l’année liturgique
dans ce contexte ?[1]
·
Pourquoi nos Eglises traitent-elles de la pauvreté,
mais hésitent-elles à traiter de la richesse ?
·
Comment nos Eglises gèrent-elles leur argent,
leurs fonds de pension, leurs investissements et propriétés ? Les banques,
avec lesquelles nos Eglises traitent, sont-elles impliquées dans l’évasion fiscale,
dans des investissements éthiquement inacceptables, dans des pratiques de
spéculation ou autres activités qui minent la capacité de l’Etat de développer
le bien commun ?
·
Notre constatation est-elle valable, comme quoi
dans de nombreux pays européens, l’Etat a de plus en plus capitulé devant les
lois du marché, en réduisant son rôle historique de gardien du bien commun et
de défenseur des faibles ?
·
Dans la mesure où, en tant qu’Eglises avec nos
services sociaux et de santé, nous intervenons sur les marchés compétitifs,
avons-nous conscience de notre capacité d’influencer les conditions du marché
dans l’intérêt du bien public ainsi que dans l’intérêt de nos Eglises ?
Comment réagissons-nous face à la privatisation croissante des biens et
services publics ou sociaux, essentiels pour pouvoir vivre, tels que l’eau, les
soins de santé, l’enseignement, etc. ?
·
Quel type de consommation et de style de vie
pratiquons et encourageons-nous ? Comment, en tant qu’Eglises ou membres
d’une Eglise, pouvons-nous faire prendre davantage conscience du changement
climatique, et contribuer à la protection de l’environnement, p.ex. en
réduisant la consommation d’énergie dans les bâtiments ecclésiaux, dans nos
habitations, pour le transport, etc. ?
·
Dans quelle mesure prenons-nous part au débat
public sur la politique économique, ou avec des institutions qui encouragent ou
mettent en pratique des stratégies économiques néo-libérales ? Dans quelle
mesure développons-nous des alliances avec des mouvements sociaux, qui interpellent
les gouvernements pour qu’ils recherchent le bien commun et, concernant les
activités économiques, recréent un cadre politique et social juste et
durable ?
Nous savons parfaitement
et nous apprécions que des Eglises ainsi que la Conférence des Eglises
européennes sont déjà entrées en action. Nous voudrions souligner plus
particulièrement le document de l’Atelier Nord-Sud de la Commission Eglise et
Société (CEE) « European Social Market Economy : an Alternative Model
for Globalisation » (L’économie sociale européenne : un modèle
alternatif à la Mondialisation) et attirer l’attention sur les importantes
valeurs humaines fondamentales, mentionnées au chapitre 5 de ce document.[2]
Nous apprécions
particulièrement les nombreuses initiatives concrètes, prises au plan national,
régional ou mondial. Nous invitons nos Eglises à réfléchir comment les exemples
signalés ci-dessous pourraient faire avancer cette cause :
Ø
En ce qui concerne le problème de la dette :
Nous apprécions que les Eglises encouragent la reconnaissance de notre dette historique ainsi que de la dette, sans cesse croissante, sociale et écologique, qui est due aux peuples et aux pays du Sud ; ce que font déjà la Mission Convenant Church (Suède), Jubilee South, Friends of the Earth, et Accion Ecologica (Equateur) ;
·
que l’on poursuive les efforts en vue de
l’annulation des dettes bi- et multilatérales des pays en développement les
plus pauvres, les efforts pour l’élaboration de mécanismes d’arbitrage de la
dette, afin de réduire substantiellement le fardeau de la dette des autres pays
en développement, et pour la suppression des dettes illégitimes et odieuses,
conformément à la stratégie de Jubilée 2000 et de Jubilee South.
Ø
En ce qui concerne le système financier
·
Nous apprécions l’initiative du COE, en faveur de
réformes de l’ensemble du système financier international, qui assurent une
juste représentation des pays en développement ainsi que de la société civile
dans le processus de décision, à savoir des rencontres avec de hauts
responsables du FMI et de la Banque mondiale ;
·
les mécanismes qui découragent la spéculation
monétaire excessive, déstabilisatrice (telle une taxe efficace sur les
transactions monétaires, p.ex. la Taxe Tobin), le travail fait par ATTAC,[3] que des groupes œcuméniques et des Eglises soutiennent ;
·
les études qui portent sur la possibilité de
traiter et de taxer l’argent au même titre que les autres produits, étant donné
que les devises ne sont plus des instruments au service de l’économie, mais
sont commercialisées sur les marchés financiers ;
·
les initiatives prises pour que les banques
centrales, nationales ou régionales, exercent davantage de contrôle sur la
politique monétaire et tout ce qui a rapport aux marchés ; qu’elles
mettent au point une approche multilatérale, afin de définir des normes
communes, qui permettent de réduire, en ce qui concerne tant les
multinationales que les fonds d’investissement, les possibilités d’évasion
fiscale ; p.ex., on encourage l’action politique qui se poursuit dans
plusieurs pays ainsi qu’au plan planétaire, en vue de faire supprimer les
centres off-shore, de contrôler les fonds de gestion alternative (hedge-funds) et exercer un mini-contrôle sur les
banques privées ;
·
pour un accord multilatéral qui autorise les Etats
à taxer les multinationales sur une base unitaire à l’échelle mondiale, en
ayant recours à des mécanismes appropriés qui permettent de redistribuer les
rentrées fiscales à l’échelle de la planète ;
·
pour une convention internationale qui permettrait
de récupérer et de rapatrier des fonds provenant du trésor public de pays en
développement, mais qui auraient été détournés ;
·
pour une augmentation de l’aide au développement
ou pour des financements alternatifs pour les investissements dans des biens
publics (la santé, l’enseignement, le système sanitaire, l’eau) ou dans des
services sociaux de base, p.ex. en contribuant à l’engagement de l’ONU –
Financement pour le Développement – comme le font le Comité de Suivi du COE et
des ONG du Sud ou du Nord, liées aux Eglises (ainsi le Social Watch Report de
Montevideo).
Ø
En ce qui concerne le monde des affaires :
·
Nous apprécions les initiatives qui visent à
instaurer un cadre légal qui garantisse la responsabilité sociale et
environnementale des entreprises, cf. l’initiative de l’Eglise évangélique
luthérienne du Canada ;
·
à renforcer le soutien des Eglises pour un
management qui ait davantage de retombées sociales, ou pour la reconnaissance
d’une composante écologique et sociale dans les affaires, comme cela se fait
par le Commerce équitable, Oikocredit ou l’économie de communion du mouvement
Focolare, etc. ;
·
à rejoindre le mouvement pour des investissements
socialement responsables, pour l’investissement éthique ou des fonds
ethico-écologiques, p.ex. les Fonds verts hollandais ;
·
à promouvoir l’instauration de crédits d’impôts
comme instrument pour développer les investissements dans les Fonds verts ou
les Fonds socio-éthiques, cf. la récente législation votée aux Pays-Bas ;
·
à développer la responsabilité des consommateurs
individuels en ce qui concerne les produits, les transactions financières, les
services, comme proposé par le document « Acheter pour un monde
meilleur ».
Ø
En ce qui concerne l’Union Européenne :
·
Nous apprécions les initiatives qui consistent à encourager
et subventionner des bureaux œcuméniques, qui ont pour mission d’évaluer la
politique européenne et les institutions politiques européennes, p.ex. la
Commission Eglise et Société de la CEE, la Commission des Eglises pour les
Immigrés en Europe, les agences européennes de développement reliées au COE
(APRODEV) ou Eurodiakonia ;
·
à renforcer les politiques européennes de
cohérence sociale et d’inclusion, dans l’UE ainsi que dans les autres pays
européens ; comme à s’impliquer dans le débat sur la mondialisation, p.ex.
grâce au document de la Commission Européenne « Réponses aux Défis de la
Mondialisation » ;
·
à exiger des politiques plus accueillantes et
favorables aux immigrés, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile ; et qui
réagissent contre la traite des femmes ;
·
à évaluer la politique européenne de
développement ; l’UE et ses pays membres devraient reconnaître
explicitement leur responsabilité pour l’éradication de la pauvreté, à
l’échelle de la planète, grâce à des actions décisives ;
·
à soutenir les nombreuses initiatives des
mouvements et ONG qui évaluent et critiquent la position de l’UE lors des
négociations commerciales internationales ou en tant que membre des
Institutions financières internationales ;
·
pour des négociations fair-play, justes et rapides
concernant l’élargissement de l’UE ;
·
pour une meilleure transparence de la Banque
européenne d’Investissement et de la Banque européenne de Reconstruction et de
Développement, notamment quant à leur rôle en Europe centrale et orientale.
Ø
En ce qui concerne les organisations internationales et l’ONU :
·
Nous apprécions les initiatives prises pour que
les institutions internationales, en général, soient transparentes, et pour que
les gouvernements exercent une supervision plus stricte en faveur du bien commun ;
·
pour un accès plus équitable et davantage de
participation démocratique dans l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), la
promotion du commerce équitable, la priorité à l’éradication de la pauvreté
dans le Sud, et la protection des droits des personnes et des communautés,
comme le font le Third World Network (Malaisie) ou l’Ecumenical Advocacy
Alliance ;
·
pour qu’on stoppe les négociations de l’OMC qui
portent sur l’Accord général sur le Commerce des Services, et qui font pression
sur les communes et les gouvernements pour privatiser toujours davantage les
services publics de base (p.ex. l’eau, l’énergie, la santé) ;
·
pour que les gouvernements et les institutions
internationales, notamment le FMI, la Banque mondiale et l’OMC se conforment
aux instruments de l’ONU qui promeuvent les Droits de l’Homme, y compris les
droits économiques, sociaux et culturels, comme l’exigent p.ex. la FLM, le COE,
Bread for the World, FIAN et EED ;
·
pour que l’on cesse de justifier les guerres, la
militarisation de la politique mondiale, l’accroissement des dépenses
militaires au nom de « la guerre contre le terrorisme », plutôt que
d’utiliser ces ressources pour supprimer les causes profondes du terrorisme, en
développant la justice sociale et économique ou la coopération internationale
au sein du système multilatérale de l’ONU ;
·
pour diminuer le commerce des armes, cf. la
campagne pour les armes légères.
Ø
En ce qui concerne la société civile :
·
Nous apprécions les initiatives des Eglises qui
demandent aux gouvernements d’écouter et de prendre au sérieux les groupes et
mouvements de la société civile, p.ex. en rejoignant des mouvements tel ATTAC,
comme l’Alliance des Eglises réformées d’Allemagne vient de le faire ;
·
pour que tous les niveaux des Eglises s’engagent
avec la base pour faire pression et développer des réseaux aux plans local,
national, régional et international, p.ex. en renforçant la coopération avec et
entre les agences de développement reliées aux Eglises, les comités
missionnaires, le COE, les Communions mondiales ainsi que leurs Eglises membres
et leurs partenaires ;
·
pour la mise en place d’un Forum Vérité, comme
suggéré par la Fédération argentine des Eglises évangéliques.[4]
Ces diverses initiatives
sont autant de pas pour changer le cours des choses et pour surmonter la
mondialisation néo-libérale. Ce sont des exemples d’engagement et aussi de
passerelles jetées entre les domaines économique, éthique et théologique,
souvent caractérisés par des valeurs, un langage et des structures de pensée
profondément antagonistes. Il faut beaucoup d’ouverture et beaucoup de
compréhension pour que des rencontres entre ces domaines deviennent possibles.
Les Eglises ont sans doute un rôle éminent à jouer pour faciliter la
communication entre ces visions du monde souvent étrangères les unes aux
autres.
Nous nous réjouissons et nous nous encourageons
mutuellement
En terminant cette
lettre aux responsables et aux membres de nos Eglises, nous voulons redire ce
que nous avons écrit à nos sœurs et frères du Sud ainsi que d’Europe centrale
et orientale.
En participant au
processus œcuménique, nous voulons nous réjouir et nous encourager les uns les
autres :
·
à nous regrouper dans des processus œcuméniques,
afin de nous engager encore davantage, sur base de nos convictions religieuses
respectives, afin de travailler encore plus énergiquement pour la justice dans
le domaine économique et envers la terre ;
·
à lutter ensemble pour que tous jouissent de la
vie en abondance ;
·
à analyser la nature destructrice du système
économique actuel, et pour oser dénoncer les injustices de la
mondialisation ;
·
à faciliter la recherche d’alternatives, grâce à
notre soutien financier et spirituel, ainsi qu’à soutenir des alternatives
économiques ou sociales déjà existantes ou en train de naître, telles qu’Oikocredit,
l’économie de communion du mouvement Focolare ou le commerce équitable ;
·
à rejoindre les mouvements civils ou sociaux qui
promeuvent nos objectifs communs ;
·
à développer les relations qui promeuvent la
solidarité entre les Eglises du Sud et celles d’Europe centrale ou
orientale ;
·
à exiger des négociations fair-play, justes et
rapides sur l’élargissement de l’UE, et à reconnaître les récriminations
justifiées de ceux qui ne sont pas inclus dans ce processus ;
·
à travailler à l’intégration sociale de tous ceux
qui sont affectés par l’impact négatif des politiques économiques et
sociales ;
·
à adopter un style de vie modeste et simple, et à
résister au modèle culturel dominant de la société de consommation ;
·
à exiger la mise en place d’un Forum Vérité, comme
suggéré par la Fédération argentine des Eglises évangéliques,[5] et, par conséquent,
·
à mettre fin aux injustices, telles que les dettes
illégitimes ou les conditions de commerce déloyales.
Pour pouvoir, tous, nous rapprocher d’une économie au service de la vie, il nous faut apprendre les uns des autres, et nous rappeler les uns aux autres l’unique espérance qui nous unit – à savoir, le Christ et son Evangile source de vie.
[1] L’AMER a organisé en juillet 2001, à Bâle, une consultation sur les partages bibliques et les célébrations de l’année liturgique. Une publication de Kairos Europe propose du matériel intéressant.
[2] Les valeurs de dignité, de justice, de liberté, de paix, de durabilité, de responsabilité, de solidarité et de subsidiarité.
[3] ATTAC, pour Association pour la Taxation des Transactions financières et l’Aide aux Citoyens, qui a été fondée en France en 1998, compte actuellement plus de 80.000 membres à travers le monde. C’est un réseau international de groupes locaux ou nationaux, présents dans 33 pays. Il défend l’idée d’une taxe internationale sur la spéculation monétaire (la Taxe Tobin) et fait campagne pour proscrire les paradis fiscaux, remplacer les fonds de pension par des pensions d’Etat, supprimer la dette du tiers-monde, réformer ou abolir l’Organisation mondiale du Commerce et, plus généralement, pour rétablir la sphère démocratique qui a été perdue au bénéfice du monde financier.
[4] Dans le Document final de la Table ronde œcuménique sur la Situation en Argentine, les participants ont suggéré : « 1.1.1.3. Promouvoir la création d’un Forum permanent de la Vérité, avec une participation sociale, œcuménique et inter-religieuse significative, ainsi qu’une participation des organisations de défense des droits de l’homme et de la justice, en collaboration avec les Eglises du Nord, en ayant pour objectif d’influencer l’idée que ces populations et leurs gouvernements se font du problème de la dette et de ses conséquences sur le développement de notre population. »
[5] Voir note 4.